22.06.2008
DE LA FREQUENTE COMMUNION
touchant à l’usage des sacrements de pénitence et d’eucharistie,
sont fidèlement exposés.

est de mépriser de tout son cœur le siècle et le monde,
et d’offrir à Dieu tous les jours des sacrifices de larmes
avant que de lui offrir celui de son corps et de son sang. »
(De la Fréquente communion)

dit le « Grand Arnauld »
auteur « De la Fréquente communion » (1643)
« Nous apprenons bien de Saint Paul, qu’il faut prendre un extrême soin pour se disposer à la participation de ces saints mystères, de peur d’y participer à notre condamnation, et de là nous avons raison d’inférer contre les hérétiques de notre temps, que puisqu’il faut apporter à cette table une conscience pure ; ceux à qui des péchés mortels ont fait perdre la pureté de leur âme, la doivent premièrement recouvrer par les moyens institués par Jésus-Christ, c’est à dire, en s’adressant au tribunal qu’il a établi dans son église, pour recevoir par l’entremise des prêtres la rémission de leurs péchés.
Ce que nous voyons, disent-ils, en ce qu’ayant dit qu’un tel homme mange et boit sa condamnation, il ajoute aussitôt ces paroles, ne discernant pas le corps du Seigneur ; de sorte qu’il est manifeste, que le principal dessein de l’apôtre n’est pas, que l’on soit hors de l’état du péché mortel lors que l’on communie, comme la plupart des Corinthiens étaient sans doute : mais qu’il demande bien davantage ; et qu’outre une plus grande pureté de l’âme, que celle d’être délivré simplement des péchés mortels, il veut que l’on y apporte une circonspection merveilleuse, et un respect extraordinaire.
[…]
[…]
[…]
[…]
14:57 Publié dans Religion | Lien permanent | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité, religion, jansénisme, théologie, christianisme, foi, catholicisme
11.05.2008
La vérité cachée sur Notre Dame du Laus
de la prétendue hostilité du « clergé janséniste »
masquant la réelle vénalité des Jésuites
et la honteuse "Embrunade" qui vit la destitution deMgr Jean de Soanen (1647-1740)
A la mémoire de
« Jean, évêque de Senez, prisonnier de Jésus Christ. »par
Zacharias
Quoi de plus normal que la reconnaissance du caractère surnaturel des apparitions de la Vierge à la jeune Benoîte Rencurel au Laus, pieuse bergère née en 1647, qui sera l’objet du mois de mai 1664, et jusqu’à sa mort, de révélations, dans des échanges très simples préfigurant la mission qu’elle exercera, sans l’avoir recherchée, durant 54 ans. Ne sachant ni lire ni écrire, les populations, très vite, viendront auprès d’elle pour recevoir avis et conseils. Marie lui confiera d’ailleurs la mission de faire construire une église pour qu’elle devienne un lieu de conversion qui témoignerait de l’exigence de l’Évangile et qui serait porteur de la miséricorde de Marie.
Après des années difficiles, où elle est l’objet d’attaques violentes du démon et de tentations charnelles, de même que de pénibles suspicions de la part du clergé, Benoîte reçoit le saint Viatique le jour de Noël 1718, puis trois jours plus tard, ayant baisé un crucifix, elle lève les yeux au Ciel, et quitte cette terre pour retrouver Jésus en son Royaume [1].
Une absurdité est cependant impérativement à purger dans le ronronnant discours qui se fait autour du Laus aujourd’hui, à savoir l’hostilité du prétendu « clergé janséniste » à l’égard de cette apparition (jansénisme décidément chargé de tous les maux en notre période « d’hédonisme spirituel » [2] et d'hérétique « mystique de la chair »), clergé local, appartenant pour une part à l’Ordre des Jésuites, dont on ne voit pas en quoi il aurait été particulièrement « janséniste », et dont on constate qu’il fut principalement dubitatif, puis positivement réticent pour des raisons bassement vénales que nous allons, non sans étonnement, découvrir et mettre à jour plus loin.
Il importe tout d’abord, dans notre examen, de ne point confondre l’attitude classique de défiance, qui se retrouve régulièrement dans toutes les manifestations mariales - le XIXe siècle est significatif à cet égard (cf. Lourdes, La Salette, etc.) - où le surnaturel s’introduisit brutalement dans la vie de voyants, souvent de jeunes paysans ou bergers illettrés, d’autant que l’Eglise dans ses domaines où se conjuguent rêveries et illusions, s’est toujours montrée d’une extrême prudence face à des quantités de supercheries qu’il importait de déceler rapidement pour ne pas tromper des fidèles aisément fascinés et naïvement attirés par le merveilleux [3].
Par exemple en 1986, les experts de la 42e semaine mariale à Saragosse dénombreront dans leurs études très approfondies, au moins 21.000 apparitions mariales depuis l'an 1000, et sur l’ensemble de ces « apparitions », remarqueront que l'Eglise finalement n'en aura authentifié officiellement pas plus d'une quinzaine, ce qui, on l’avouera sans peine, est fort peu. Si l’on veut être plus concret, il faut savoir qu’au cours du seul XXe siècle, c’est pas moins de 400 apparitions mariales (ou prétendues telles), qui ont été recensées, et pas moins de 200 pour la seule période de 1944 à 1993. Or pour 7 d'entre elles seulement sur ces 200, l'Eglise aura reconnu le caractère surnaturel des faits : Fatima (1917 - Portugal), Beauraing (1932 - Belgique), Banneux (1933 - Belgique), Akita (1973 - Japon), Syracuse (1953 - Italie), Betania (1976 - Venezuela), et tout récemment Kibeho (1981 - Rwanda), auxquelles il faut ajouter Zeitoun (1968 - Egypte) et Shoubra (1983 - Egypte), et en revanche 79 d'entre elles reçurent un jugement définitivement négatif [4].
Par ailleurs, et pour être complet, n’oublions pas le jugement du pape Benoît XV au sujet des apparitions mariales, dont il convient de se remémorer toujours les termes afin de ne point égarer notre foi :
« Il faut savoir que l'approbation donnée par l'Eglise à une révélation privée n'est pas autre chose que la permission accordée, après un examen attentif, de faire connaître cette révélation pour l'instruction et le bien des fidèles. A de telles révélations, même approuvées par l'Eglise, on ne doit pas et on ne peut pas accorder un assentiment de foi ; il faut seulement, selon les lois de la prudence, leur donner l'assentiment de la croyance humaine, pour autant que de telles révélations soient probables et croyables pour la piété. [...] En conséquence, on peut ne pas accorder son assentiment à de telles révélations et s'en détourner, pourvu qu'on le fasse avec la modestie convenable, pour de bonnes raisons et sans intention de mépris. »
(Benoît XV, "De servorum Dei beatificatione", livre II, chap.XXXII, n°11.)
La position de Pie X va dans le même sens :
« En cette matière l'Eglise use d'une telle prudence qu'elle ne permet point que l'on relate ces traditions dans des écrits publics, sinon avec de grandes précautions et après insertion de la déclaration imposée par Urbain VIII. Encore ne se porte-t-elle pas garante, même dans ce cas, de la vérité du fait. Simplement elle n'empêche pas de croire des choses auxquelles les motifs de foi humaine ne font pas défaut. »
(Pie X, Encyclique "Pascendi", 8 septembre 1907.)
Ainsi que celle de la Congrégation des Rites :
« Les apparitions ou révélations ne sont ni approuvées ni condamnées par le Saint Siège, mais seulement permises comme pouvant être crues pieusement et de foi humaine selon les données et la valeur des témoignages. »
(Congrégation des Rites - Réponse à l'Archevêque de Santiago du Chili, 6 février 1875.)
Nous voyons donc que la traditionnelle réserve de l’Eglise n’est pas spécifique au cas particulier de la bienheureuse Benoîte Rencurel, et que les suspicions dont elle subira, certes douloureusement les effets, s’inscrivent d’une certaine manière dans la droite logique prudentielle du Magistère vis-à-vis de ces questions, mais pas seulement, puisque la raison réelle de l’hostilité du clergé local à l’égard du Laus a été largement cachée jusqu’à présent.
Au fond le plus choquant dans l’ensemble des propos largement, et fort légèrement répandus portant sur les apparitions du Laus, est sans aucun doute cette appellation, confuse et imprécise, reprise par tous les auteurs peu soucieux de véracité historique, de « clergé janséniste » qui aurait été hostile à Benoîte Rencurel, expression utilisée avec une déconcertante facilité et qui demande à être impérativement clarifiée tant elle est propice à des glissements sémantiques tendancieux profondément erronés.
Mais il ne faut pas oublier que c'est surtout au mouvement instillé par la contre-réforme au concile de Trente (1545-1563), lors duquel on s'était particulièrement penché sur la réaffirmation de la doctrine du péché originel pour contrer les partisans de Luther en insistant sur une pastorale dite de la « repentance » dans laquelle était, de façon novatrice, mise en avant la nécessité d’un ferme regret du péché et un examen intransigeant de ses propres fautes, alors qu’au même moment, poussés par un désir de réforme, les couvents, dans lesquels religieux et religieuses s’adonnaient avec une récente ardeur au port du cilice et s'infligeaient la discipline en retournant aux règles originelles des fondateurs, sans compter que dans les facultés des villes de nombreux étudiants en théologie, laïcs ou jeunes clercs, prenaient au sérieux les aspirations à la sainteté et, sobrement vêtus, menaient au cœur de la société une vie dévote quasi monacale alors que les abbés libertins, poudrés et frisottés, batifolaient et s’ébrouaient hardiment dans les salons du royaume en se moquant visiblement de la religion, que s’installa un climat général de rigueur qui conduira à une religion austère dans laquelle trouve son explication le « rigorisme » qui caractérisera la spiritualité catholique au XVIIe siècle, climat général qui n’a strictement rien à voir avec le courant janséniste et les thèses de Cornelius Jansen portant sur la grâce et le libre-arbitre, mais que l’on se plait faussement à amalgamer pour d'étranges raisons.
Si l’on veut donc parler d’une tendance soi-disant « janséniste », dominante au XVIIe et XVIIIe dans le clergé, telle est la compréhension qu’il nous faut avoir des différents éléments dominants afin de ne point se méprendre sur un terme employé inexactement et avec une facilité singulière qui sert à surtout justifier tous les dévergondages théologiques contemporains.
C’est pourquoi, la dite « hostilité » du jansénisme, entendue comme étant celle d’un courant constitué et organisé, face aux apparitions du Laus, relève de ce fait d’une profonde contrevérité et d'un fantasme pur et simple.
La jalousie vénale des jésuites d’Embrun :
raison réelle de l’hostilité du clergé local à l’égard des apparitions du Laus
On doit savoir, ce qui ne manque pas d’étonner, que cette rengaine ridicule et surtout non sérieuse, nous pourrions dire sans outrance : cette plaisante « fable » d’une hostilité janséniste à l’égard de Benoîte Rencurel, est due à plusieurs documents polémiques datant du XIXe et du début du XXe qui confondirent allègrement rigorisme moral provenant du climat religieux de la contre-réforme, prudence ecclésiale et rentes ecclésiastiques, et voulurent principalement dissimuler, ni plus ni moins, la politique commerciale des jésuites de Notre Dame d’Embrun inquiets du délaissement de leur propre sanctuaire au profit du Laus.
Ainsi, cette fable fantaisiste d’une hostilité du clergé janséniste fut reprise sans examen critique par Yves Chiron qui, dans son « Enquête sur les apparitions de la Vierge », intitulera son chapitre sur le Laus : « Le Laus ou le jansénisme vaincu » dans lequel il déclara sans sourciller : « Les apparitions au Laus, dans le diocèse d'Embrun, par leur durée et leur spiritualité, apparaissent comme une réponse au jansénisme. Le diocèse était largement acquis au jansénisme et une partie du clergé va longtemps être hostile aux apparitions au Laus. Le jansénisme rigoriste, hostile à la communion fréquente et aux pèlerinages, se voit opposer, par des apparitions mariales, une religion plus miséricordieuse, où l'Eucharistie est exaltée, où les pécheurs sont appelés à la conversion et au pèlerinage. » ( Enquête sur les apparitions de la Vierge, Perrin, coll. Tempus, 1995, p.149).
Or, contrairement à ce qu’affirme nos modernes fabulateurs, et ce qui est le plus intéressant dans cette histoire, se trouve surtout dans le fait que l'abbé Javelly, docteur en droit canonique et en droit civil, adversaire du pèlerinage du Laus, qui nomma des prêtres sur le lieu des apparitions qui eurent peu de zèle pour le soin des âmes et fit publier en chaire que « le Laus n'était qu'un abus », n’avait strictement rien d’un « janséniste », mais était plutôt intimement lié aux Jésuites – ce que l’on cache discrètement - sachant que les turbulences importantes dans la vie diocésaine provoquées par le Laus éveillèrent surtout la jalousie des Jésuites du diocèse voisin, qui voyaient la popularité de Notre-Dame d'Embrun, dont ils avaient la charge, ne cesser de diminuer au profit de Notre-Dame du Laus.
On ne dit qu’à voix basse par exemple que la première enquête menée au Laus, dont le résultat fut plus que mitigé et même hostile, menée le 14 septembre 1665 par le grand vicaire d'Embrun, Antoine Lambert, qui dirigeait le diocèse en l'absence de l'archevêque, se fit en présence des membres du clergé d'Embrun, dont André Gérard, jésuite, recteur du collège.
On est donc très loin, comme on le voit, de l’influence tant décriée du « jansénisme », mais bien plutôt en présence d'une querelle foncièrement motivée par des questions vénales dont les responsables ne sont pas des membres du clergé hypothétiquement "pénétrés des thèses jansénistes", mais les jésuites désireux de ne point voir s’envoler les bénéfices de leur propre pèlerinage.
Rien que de très classique comme cause réelle que l’on dissimula sous le fallacieux prétexte d’une « hostilité janséniste » purement imaginaire qui arrangeait tout le monde et permettra par la suite de cacher bien des choses.
Il n’en fallait toutefois pas plus pour que les modernes louangeurs d’une spiritualité facile dans laquelle la chair et les émois sensibles occupent une place non négligeable en contradiction avec l'enseignement traditionnel de l'Eglise, distillent dés lors une nouvelle fois, avec un plaisir très palpable et un navrant enthousiasme, un torrent d’absurdités recuites sur les illusoires responsabilités du jansénisme, alors même que ce courant de pensée est parfaitement étranger aux tracasseries qui empoisonnèrent Benoîte Rencurel et le Laus, et que c’est au contraire les Jésuites, dont il n’est plus besoin de rappeler la continuelle haine qu’ils vouèrent traditionnellement aux disciples de saint Augustin, qui, pour préserver leur lucrative rente à Notre Dame d’Embrun, n’hésitèrent pas à lutter vigoureusement contre le développement du Laus et qui portent une très lourde responsabilité dans les vicissitudes infligées à la pauvre Benoîte Rencurel.
En réalité, la seule trace avérée d’une présence favorable au jansénisme dans le diocèse de Gap, est celle de l’évêque de Senez, Mgr Jean de Soanen (1647-1740), nommé le 8 septembre 1695, qui décrira son diocèse comme un "Un vaste hôpital", et y exerça une vive charité en faisant preuve d'une grande sévérité à l'égard des débauchés, ce qui lui vaudra des inimitiés qui ne tarderont pas à se manifester. Occupant ce siège épiscopal de 1696 à 1727, donc bien après les premières manifestations de la Vierge à Benoîte Rencurel, il prendra des positions favorables aux opposants à la bulle « Unigenitus », contre l’avis de Rome et de l’église de France sous la domination autoritaire et vindicative des autorités civiles qui contraignirent injustement les membres du clergé à se plier à leurs vues médiocrement théologiques.
Cette bulle du pape Clément XI, fulminée le 8 septembre 1713 à l’injuste demande impérative et comminatoire de Louis XIV, condamnait 101 propositions prétendument tirées de l'ouvrage de Pasquier Quesnel, ami et héritier d'Antoine Arnauld, « le Nouveau Testament en français avec des Réflexions morales ». Or on trouvait non seulement dans cet ouvrage des thèmes classiques des auteurs augustiniens, mais des élévations très pieuses qui firent l’admiration du clergé français de l’époque et en particulier de nombreux évêques, dont Mgr Jean de Soanen qui était empli d’un saint respect à l’égard des « Réflexions morales » de Pasquier Quesnel. Maladroitement formulée, la bulle « Unigenitus » ulcéra non seulement une partie du clergé français qui y vit une remise en cause des privilèges de l'Eglise de France, mais également le milieu des théologiens la Sorbonne , ainsi que beaucoup de religieux attachés aux thèses exprimées par Quesnel et qui s’indignèrent légitimement contre la violence d’un procédé inacceptable où le pouvoir politique, outrepassant ses droits, intervenait en des matières touchant à la théologie.
Pour régler la question de l'opposition de Mgr Jean de Soanen, un concile provincial se réunit à Embrun en 1727 : après un jugement inqualifiable Soanen sera appelé à quitter sa charge et à s’exiler, ce qui laissera de vives traces, plutôt pénibles, dans l’esprit de la plupart des prêtres locaux. Ce concile local, véritable forfaiture à l’injustice violente et scandaleuse, qui réunira les évêques de la province ainsi que celui de Gap, Mgr Berger de Malissoles, explique les traces durables d’une propagande anti-janséniste dans le diocèse de Gap qui perdure jusqu’à aujourd’hui afin de se déculpabiliser d’une décision indigne. Rappelons que le concile provincial s'ouvrit sous la présidence de l'archevêque local Pierre Guérin de Tencin, et le 21 septembre 1727, « L’Embrunade » selon l’expression de l’évêque de Montpellier, Colbert de Croissy, suspendit Soanen de tout pouvoir et juridiction épiscopale. L’affaire Soanen entraînera à la fin de l’année 1727 la « consultation » de cinquante avocats parisiens favorables au prélat déchu, suivie par la démarche d’une douzaine d’évêques, qui prétextèrent un motif de pure forme pour se solidariser de Soanen. Des estampes à paris et dans les régions représentèrent même Soanen la tête entourée d’un rayon de gloire et ses persécuteurs assis sur les genoux des Jésuites.
Pour mesurer l’ignominie de ce jugement, lorsque les évêques et les autorités asservies au pouvoir royal demandèrent à Mgr Jean de Soanen de bien vouloir oublier le passé il répondit dignement : «Vous m’avez, Messieurs, brisé bras et jambes ; comment pourrais-je vous bénir ? ». Mgr de Soanen entama jusqu’à sa mort, exilé à la Chaise-Dieu, une abondante correspondance qu’il ne signera plus que par « Jean, évêque de Senez, prisonnier de Jésus Christ. »
Ainsi, le rigorisme religieux provenant de la contre-réforme que l'on souhaite oublier au profit du laxisme moral contemporain, la vénalité des Jésuites d’Embrun voyant disparaître les fidèles en direction du Laus, la honte ressentie devant la soumission aux scandaleux impératifs des autorités civiles qui intimèrent l’ordre de chasser Mgr Jean de Soanen qui comparera sa sentence à celle infligée à Hilaire de Poitiers par les conciles hérétiques de Béziers et de Rimini, telles sont les causes réelles de la propagande anti-janséniste qui perdure jusqu’à nos jours, et dont les échos résonnent encore pour couvrir les motifs ignobles et bien peu avouables qui marquèrent l’histoire du Laus, et que l’on cherche à dissimuler derrière le discours officiel qui entoure la célébration des apparitions de Benoîte Rencurel.
Notes
2. « Opposez-vous, autant qu’il vous est possible, à l’assaut de cet hédonisme raffiné, vide de valeurs spirituelles.... » (Pie XII, AAA, XLI, n. 13, 21 nov. 1949).
3. Le jansénisme est loin d'être impliqué dans ces questions, car la prudence proverbiale de la curie est surtout le fait du magistère romain. A Rome, en 1672, le cardinal Giovanni Bona publie par exemple un traité intitulé Du discernement des esprits qui met l'accent sur le risque d'erreur inhérent à toute vision, et met en cause, implicitement, la vertu d'humilité des voyants. Comme le dira excellemment saint Philippe de Nery, « il est difficile de n'être point enflé par les visions. Il est encore plus difficile de ne s'en point croire digne quand on les reçoit : et il est très difficile de témoigner que l'on s'en estime indigne, et de préférer la patience, l'abjection, et l'obéissance à la douceur et à la satisfaction de la curiosité qui se rencontre dans ces visions ». Voir les explications éclairantes sur ce point de Marie-Hélène Froeschlé-Chopard : « L'image du saint à travers les manuscrits de Notre-Dame du Laus »
A lire également pour mieux comprendre l’attitude de l’Eglise face aux apparitions, analysant la métamorphose de la piété baroque en Provence en quatre lieux pèlerins : la Marie-Madeleine à Notre-Dame de Baume ; Notre-Dame de Moustiers ; Notre-Dame de Laghet ; Notre-Dame du Laus, : Elena Zapponi, « Itinéraires pèlerins de l'ancienne Provence », Archives de sciences sociales des religions, 130 (2005), [En ligne], mis en ligne le 2 décembre 2005.
4. Listes des Fausses apparitions condamnées par l’Eglise et les Evêques :
- 1600~ Maddalena de la cruz, Córdoba, Espagne
- 1769-1821 Marie Lenormand, France
- 1871-1916 Rasputin, Sibérie
- 1861-1922 Felicie Kozlowska, soeur franciscaine excommuniée par Pie X
- 1878 Luigia Piccareta, Corato (Italie) Condamnation Decr. S. Off. 13 juillet 1938 (Index Librorum Prohibitorum)
- 1931 Ezquioga, Espagne
- 1931 Izurdiaga, Espagne
- 1933 Onkerzele, Belgique
- 1933 Etikhove, Belgique
- 1933 Herzele, Belgique
- 1933 Olsene, Belgique
- 1933 Berchem-Anvers, Belgique
- 1933 Tubize, Belgique
- 1933 Verviers, Belgique
- 1933 Wilrijk, Belgique
- 1936 Bouxiers-aux-Dames, France
- 1936 Ham-sur-Sambre, Belgique
- 1937 Voltago, Italie
- 1938 Kerizinen, France
- 1943 Girkalnis, Lituanie
- 1943 Athis-Mons, France
- 1944 Ghiaie di Bonate, Italie
- 1946 Espis, France
- 1947 Pierina Gilli, Montichiari (Italie)
- 1947 Casanova Stafora (jeune femme), Italie
- 1947 Rose Mystique, Italie, condamnée par l'Evêque Bruno Foresti de Brescia
- 1947 Forsweiler, Allemagne
- 1948 Gimigliano, Italie
- 1948 Marina di Pisa, Italie
- 1948 Lipa, Philippines
- 1948 Montlucon, France
- 1948 Cluj, Roumanie
- 1949 Lublin, Pologne
- 1949 Zo-Se, Chine
- 1949 Heroldsbach, Allemagne
- 1950 Acquaviva Platani, Italie
- 1951 Casalicontrada, Italie
- 1953 Cossirano, Italie
- 1953 Santo Saba, Italie
- 1953 Maria Valtorta, Caserta (Italie), condamnée par le Saint Siège 1949, 1959, 1985 et 1993 (16.12.59 Pape Jean XXIII confirme "libri proibiti") - 6.1.1960 Osservatore Romano
- 1954 Eisenberg , Autriche
- 1954 Marie-Paule Guigère, Québec. Crée en 1971 l'Armée de Marie. Condamnée en 1987 par le Cardinal Louis-Albert Vachon, Archévêque du Québec. Confirmation de la condamnation par le Cardinal Ratzinger en février de 1987. Août 2001: les Évêques canadiens déclarent que l'Armée de Marie n'est pas catholique.
- 1956 Urbania , Italie
- 1961 Garabandal, Espagne, condamnée définitivement par l'Evêque de Santander Jose Vilaplana 21.10.96, link
- 1961 Craveggia, Italie
- 1961 Rosa Quattrini, San Damiano (Italie) condamnée le 01.05.1980 par l'Evêque Enrico Manfredi de Piacenza
- 1962 Ladeira, Portugal
- 1964 San Vittorino, Italie
- 1966 Ventebbio, Italie
- 1967 Bohan, Belgique
- 1968 Palmar de Troya, Espagne
- 1968 Carmela Carabelli, Italie
- 1970 Veronica Lueken, Bayside (USA), condamnée par l'Evêque de Brooklyn John Mugavero 4.11.86
- 1971 Marisa Rossi, Rome (Italie), Suivie par le Père Claudio Gatti suspendu "latae sententiae" le 22.10.1998 par le Cardinal Camillo Ruini.
- 1972 Don Stefano Gobbi, Italie, condamn?par l'Archevêque Agostino Cacciavillan (USA) 12.1.95
- 1973 Mortzel, Belgique
- 1973 Dozulé (Magdalene Aumont) France, condamnée par les Evêques de Bayeux & Lisieux Jean Badré 24.6.83 et Pierre Pican 15.3.91
- 1974 Derval, France
- 1976 Cerdanyola, Espagne
- 1977 Le Fréchou, France
- 1980 Ampero Cuevas, El Escorial, Espagne
- 1980 Ede Oballa, Nigeria
- 1981 Medjugorje, Bosnie-Herzégovine, condamnée par les Evêques Pavao Zanic (1985) et Ratko Peric (1993, 1997)
- 1981 La Taludière, France
- 1982 Nowra, Australie
- 1982 Canton, USA
- 1983 Penablanca, Chili
- 1983 Olawa, Pologne
- 1984 Gargallo di Carpi (Gian Carlo Varini), condamnée par Mons. Maggiolini et Mons. Bassano Staffieri
- 1985 Renato Baron, San Martino di Schio, Italie
- 1985 Oliveto Citra, Salerno, Italie
- 1985 Maureen Sweeney, Cleveland (USA)
- 1985 Julia Kim, Naju, Corée, condamnée le 1.1.98
- 1985 Vassula Ryden, Suisse, "révélations non divines" Congrégation pour la Doctrine de la Foi 6.10.95 - Pour plus d'information cliquer ici www.infovassula.ch
- 1986 Nsimalen, Caméroun
- 1987 Mayfield, Irlande
- 1987 Terra Blanca, Mexique
- 1988 Christina Gallagher, Irlande, "aucune intervention surnaturelle" Archevêque Michael Neary
- 1988 Lubbock, USA
- 1988 Scottsdale, USA
- 1988 Estella Ruiz, Phoenix (USA)
- 1989 Joseph Januszkiewicz, Marlboro, New Jersey
- 1990 Teresa Lopez et Veronica Garcia, Denver (USA), interdiction de promouvoir Archevêque J. Francis Stafford 9.3.94
- 1992 Carol Ameche, Scottsdale, Arizona (USA)
- 1992 Debora Moscugiari, Manduria (Taranto) Condamnée le 14.12.97 par Mgr. Franco, Evêque d'Oria et ordinaire du lieu. Lettre Pastorale lue dans toutes les églises du diocèse. Faits qualifiés comme oeuvre du Malin (voir page 521 du livre de Joachim Bouflet "Faussaires de Dieu").
- 1993 Matthew Kelly, New S. Wales, Australie
16:31 Publié dans Religion | Lien permanent | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, catholicisme, christianisme, eglise, foi, spiritualité, christ
28.04.2008
Sur la Conversion du pécheur
Blaise Pascal
La première chose que Dieu inspire à l'âme qu'il daigne toucher véritablement, est une connaissance et une vue toute extraordinaire par laquelle l'âme considère les choses et elle-même d'une façon toute nouvelle.
Cette nouvelle lumière lui donne de la crainte, et lui apporte un trouble qui traverse le repos qu'elle trouvait dans les choses qui faisaient ses délices.
Elle ne peut plus goûter avec tranquillité les choses qui la charmaient. Un scrupule continuel la combat dans cette jouissance, et cette vue intérieure ne lui fait plus trouver cette douceur accoutumée parmi les choses où elle s'abandonnait avec une pleine effusion de son coeur.
Mais elle trouve encore plus d'amertume dans les exercices de piété que dans les vanités du monde. D'une part, la présence des objets visibles la touche plus que l'espérance des invisibles, et de l'autre la solidité des invisibles la touche plus que la vanité des visibles. Et ainsi la présence des uns et la solidité des autres disputent son affection; et la vanité des uns et l'absence des autres excitent son aversion; de sorte qu'il naît dans elle un désordre et une confusion [deux lignes en blanc].
Elle considère les choses périssables comme périssantes et même déjà péries; et dans la vue certaine de l'anéantissement de tout ce qu'elle aime, elle s'effraye dans cette considération, en voyant que chaque instant lui arrache la jouissance de son bien, et que ce qui lui est le plus cher s'écoule à tout moment, et qu'enfin un jour certain viendra auquel elle se trouvera dénuée de toutes les choses auxquelles elle avait mis son espérance. De sorte qu'elle comprend parfaitement que son coeur ne s'étant attaché qu'à des choses fragiles et vaines, son âme se doit trouver seule et abandonnée au sortir de cette vie, puisqu'elle n'a pas eu soin de se joindre à un bien véritable et subsistant par lui-même, qui pût la soutenir et durant et après cette vie.
De là vient qu'elle commence à considérer comme un néant tout ce qui doit retourner dans le néant, le ciel, la terre, son esprit, son corps, ses parents, ses amis, ses ennemis, les biens, la pauvreté, la disgrâce, la prospérité, l'honneur, l'ignominie, l'estime, le mépris, l'autorité, l'indigence, la santé, la maladie et la vie même; enfin tout ce qui doit moins durer que son âme est incapable de satisfaire le dessein de cette âme qui recherche sérieusement à l'établir dans une félicité aussi durable qu'elle- même.
Elle commence à s'étonner de l'aveuglement où elle a vécu; et quand elle considère d'une part le long temps qu'elle a vécu sans faire ces réflexions et le grand nombre de personnes qui vivent de la sorte, et de l'autre combien il est constant que l'âme, étant immortelle comme elle est, ne peut trouver sa félicité parmi des choses périssables, et qui lui seront ôtées au moins à la mort, elle entre dans une sainte confusion et dans un étonnement qui lui porte un trouble bien salutaire.
Car elle considère que quelque grand que soit le nombre de ceux qui vieillissent dans les maximes du monde, et quelque autorité que puisse avoir cette multitude d'exemples de ceux qui posent leur félicité au monde, il est constant néanmoins que quand les choses du monde auraient quelque plaisir solide, ce qui est reconnu pour faux par un nombre infini d'expériences si funestes et si continuelles, il est inévitable que la perte de ces choses, ou que la mort enfin nous en prive, de sorte que l'âme s'étant amassé des trésors de biens temporels de quelque nature qu'ils soient, soit or, soit science, soit réputation, c'est une nécessité indispensable qu'elle se trouve dénuée de tous ces objets de sa félicité; et qu'ainsi, s'ils ont eu de quoi la satisfaire, ils n'auront pas de quoi la satisfaire toujours; et que si c'est se procurer un bonheur véritable, ce n'est pas se proposer un bonheur bien durable, puisqu'il doit être borné avec le cours de cette vie.
De sorte que par une sainte humilité, que Dieu relève au-dessus de la superbe, elle commence à s'élever au-dessus du commun des hommes; elle condamne leur conduite, elle déteste leurs maximes, elle pleure leur aveuglement, elle se porte à la recherche du véritable bien: elle comprend qu'il faut qu'il ait ces deux qualités, l'une qu'il dure autant qu'elle, et qu'il ne puisse lui être ôté que de son consentement, et l'autre qu'il n'y ait rien de plus aimable.
Elle voit que dans l'amour qu'elle a eu pour le monde elle trouvait en lui cette seconde qualité dans son aveuglement, car elle ne reconnaissait rien de plus aimable; mais comme elle n'y voit pas la première, elle connaît que ce n'est pas le souverain bien. Elle le cherche donc ailleurs, et connaissant par une lumière toute pure qu'il n'est point dans les choses qui sont en elle, ni hors d'elle, ni devant elle (rien donc en elle, rien à ses côtés), elle commence de le chercher au-dessus d'elle.
Cette élévation est si éminente et si transcendante, qu'elle ne s'arrête pas au ciel (il n'a pas de quoi la satisfaire) ni au-dessus du ciel, ni aux anges, ni aux êtres les plus parfaits. Elle traverse toutes les créatures, et ne peut arrêter son coeur qu'elle ne se soit rendue jusqu'au trône de Dieu, dans lequel elle commence à trouver son repos et ce bien qui est tel qu'il n'y a rien de plus aimable, et qu'il ne peut lui être ôté que par son propre consentement.
Car encore qu'elle ne sente pas ces charmes dont Dieu récompense l'habitude dans la piété, elle comprend néanmoins que les créatures ne peuvent être plus aimables que le Créateur, et sa raison aidée de la lumière de la grâce lui fait connaître qu'il n'y a rien de plus aimable que Dieu et qu'il ne peut être ôté qu'à ceux qui le rejettent, puisque c'est le posséder que de le désirer, et que le refuser c'est le perdre.
Ainsi elle se réjouit d'avoir trouvé un bien qui ne peut lui être ravi tant qu'elle le désirera, et qui n'a rien au-dessus de soi. Et dans ces réflexions nouvelles elle entre dans la vue des grandeurs de son Créateur, et dans des humiliations et des adorations profondes. Elle s'anéantit en conséquence et ne pouvant former d'elle-même une idée assez basse, ni en concevoir une assez relevée de ce bien souverain, elle fait de nouveaux efforts pour se rabaisser jusqu'aux derniers abîmes du néant, en considérant Dieu dans des immensités qu'elle multiplie sans cesse; enfin dans cette conception, qui épuise ses forces, elle l'adore en silence, elle se considère comme sa vile et inutile créature, et par ses respects réitérés l'adore et le bénit, et voudrait à jamais le bénir et l'adorer. Ensuite elle reconnaît la grâce qu'il lui a faite de manifester son infinie majesté à un si chétif vermisseau; et après une ferme résolution d'en être éternellement reconnaissante, elle entre en confusion d'avoir préféré tant de vanités à ce divin maître, et dans un esprit de componction et de pénitence, elle a recours à sa pitié, pour arrêter sa colère dont l'effet lui paraît épouvantable. Dans la vue de ces immensités....
Elle fait d'ardentes prières à Dieu pour obtenir de sa miséricorde que comme il lui a plu de se découvrir à elle, il lui plaise la conduire et lui faire connaître les moyens d'y arriver. Car comme c'est à Dieu qu'elle aspire, elle aspire encore à n'y arriver que par des moyens qui viennent de Dieu même, parce qu'elle veut qu'il soit lui-même son chemin, son objet et sa dernière fin. Ensuite de ces prières, elle commence d'agir, et cherche.
Elle commence à connaître Dieu, et désire d'y arriver; mais comme elle ignore les moyens d'y parvenir, si son désir est sincère et véritable, elle fait la même chose qu'une personne qui désirant arriver en quelque lieu, ayant perdu le chemin, et connaissant son égarement, aurait recours à ceux qui sauraient parfaitement ce chemin.
Elle se résout de conformer à ses volontés le reste de sa vie; mais comme sa faiblesse naturelle, avec l'habitude qu'elle a aux péchés où elle a vécu, l'ont réduite dans l'impuissance d'arriver à cette félicité, elle implore de sa miséricorde les moyens d'arriver à lui, de s'attacher à lui, d'y adhérer éternellement.
19:35 Publié dans Religion | Lien permanent | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, religion, christianisme, foi, christ, catholicisme, eglise
13.04.2008
LE SAINT RENONCEMENT À LA CHAIR
qu'il ne daigne pas jeter les yeux sur les beautés de la terre
et ainsi ne ressent pas l'ardeur de ce feu qui embrase le cœur des autres »
( Saint Jean Climaque, L’Echelle, Degré XV, 7).
La remarque a son importance : pour Clément il ne s’agit plus, comme dans le rigorisme grec et romain, d’éduquer la sexualité, de normer les relations entre hommes et femmes au lit, mais bien de fonder, en théorie et en pratique, un choix de l’abstention, de la continence, du renoncement à la chair. Or Clément était connu comme un modéré proche des païens éclairés, Plutarque, Musonius Rufus, les médecins d’alors, et assez éloigné des autres chrétiens. C’est dire donc, chez Clément sous une forme atténuée, que cette continence sexuelle n’est pas une conséquence secondaire de ce que l’Église était en train d’élaborer. Elle était, au contraire, au fondement même de ce que le christianisme primitif mettait en jeu et réalisait. Bien sûr, il y a la dimension théorique de ce renoncement : pas un texte religieux écrit, sur cinq siècles, qui, d’une façon ou d’une autre, n’y fasse référence explicite en rapport avec la doxa chrétienne. Mais pratiquement, nombreuses furent les communautés où le renoncement s’appliquait. Galien, au milieu du IIe siècle, fait de cette pratique un signe distinctif du chrétien : « Leur mépris de la mort nous est chaque jour évident, et pareillement leur abstention de l’acte sexuel. Car on trouve chez eux non seulement des hommes, mais encore des femmes, qui se retiennent de faire l’amour durant leur vie tout entière. »
Questionnons le caractère définitif de ce renoncement à opposer aux périodes limitées d’abstinence sexuelle que l’on retrouvait, elles, un peu partout et pas seulement chez les premiers chrétiens.
Dans la Première Épître aux Corinthiens, Paul est très clair : mariage et virginité sont tous deux des dons de Dieu. Ce que propose l’Apôtre est que chacun reste dans l’état où l’a trouvé le don de Dieu. Ce qui pourrait se dire : « Ne pas chercher à changer de condition. » Mais, chapitre 7, versets 7 et 8, Paul déclare, en faisant une confidence : « Je voudrais bien que tous les hommes soient comme moi [vierge] ; mais chacun reçoit de Dieu un don particulier, l’un celui-ci, l’autre celui-là. Je dis donc aux célibataires et aux veuves qu’il est bon de rester ainsi, comme moi. » Il insiste (7, 25-29) : « Au sujet des vierges […] je pense que cet état est bon, à cause des angoisses présentes, oui je pense qu’il est bon pour l’homme de rester ainsi […] les gens mariés auront de lourdes épreuves à supporter [littéralement : ceux-là auront des tribulations dans la chair] et moi, je voudrais vous les épargner […] la figure de ce monde passe. Je voudrais que vous soyez exempts de soucis. Celui qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur : il cherche comment plaire au Seigneur. Mais celui qui est marié a souci des affaires du monde : il cherche comment plaire à sa femme, et il est partagé. » Et Paul de préciser : « Ainsi celui qui épouse sa fiancée fait bien, et celui qui ne l’épouse pas fera encore mieux. […] La femme […] est libre d’épouser qui elle veut. […] Cependant elle sera plus heureuse, à mon avis, si elle reste comme elle est ; et je crois, moi aussi, avoir l’Esprit de Dieu. Rester vierge, homme ou femme, donc, pour « avoir l’Esprit de Dieu ».
Ces remarques sur le mariage et la virginité se déduisent, chez Paul, de la place du corps, de son articulation au Seigneur. Les formules de Paul sont connues : « Les aliments sont pour le ventre et le ventre pour les aliments et Dieu détruira ceux-ci et celui-là. Mais le corps n’est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps. Or Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? Prendrai-je les membres du Christ pour en faire des membres de prostituée ? Certes non ! […] Fuyez la débauche. Tout autre péché commis par l’homme est extérieur à son corps. Mais le débauché pèche contre son propre corps […] ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? Glorifiez donc Dieu par votre corps. » C’est pourquoi Paul peut écrire : « Je vous exhorte donc, frères au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes [littéralement : offrez vos corps] en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel. » Sans ces brefs rappels du Nouveau Testament, rien ne peut être envisagé de cet enjeu du renoncement définitif à la chair.
Pour saisir la logique de ce renoncement, [il faut se pencher sur] la résurrection du corps du Christ. C’est cette résurrection qui constitue la nouveauté absolue qui fonde une manière, radicalement neuve, de penser et de vivre le corps agité par le sexuel. Cette résurrection indique la fin des temps présents. Dans son Épître aux Romains, Paul le dit explicitement : « Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts pour la gloire du Père, nous menions aussi une vie nouvelle. Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa Résurrection. Comprenons bien ceci : notre vieil homme [entendre le corps de péché] a été crucifié avec lui pour que soit détruit ce corps de péché et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. »
En sortant du tombeau, Jésus avait fait voler en éclats le monde présent, le hic et nunc de l’histoire. « Ensuite viendra la fin, quand il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute domination, toute autorité, toute puissance. Car il faut qu’il règne, jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds », dit Paul dans la Première Épître aux Corinthiens (15, 24-27). Choisir le renoncement à la chair, supprimer la vie sexuelle concrète, c’est tenter désormais pour le chrétien de prendre part à cette victoire du Christ sur la mort — c’est en tirer des conséquences. « […] ressuscité des morts, Christ ne meurt plus ; la mort sur lui n’a plus d’empire. Car en mourant, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; vivant, c’est pour Dieu qu’il vit. De même vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu […] » De même qu’en ressuscitant, le Christ démontre sa victoire sur l’inexorable du réel de la mort, de même en refusant la sexualité, le corps peut être arraché du monde animal. Paul le précise : « Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises. […] Car le péché n’aura plus d’empire sur vous, puisque vous n’êtes plus sous la loi mais sous sa grâce. » Le corps du péché est le corps mortel. Le corps spirituel est le corps ressuscité au nom de la Résurrection du Christ. Par le baptême, le chrétien est uni au corps du Christ et donc à sa future Résurrection.
Mais une autre conséquence s’en déduit — extrême celle-là. La continence absolue et définitive entraîne — c’est une évidence — le refus du mariage et de la génération. À ce titre, c’est toute l’organisation sociale qui se trouverait démantibulée : le vieux monde s’écroulerait. Le « raz de marée du Messie » comme disent les Actes de Thomas trouverait à s’accomplir. Certes il s’agit là de positions extrêmes — Clément, par exemple, aurait eu du mal à les faire siennes — mais elles indiquent, néanmoins, une direction dans ce qui est en train de se réaliser. La résurrection ne peut que signer l’avènement d’un autre monde. Le renoncement sexuel en est l’une de ses conséquences les plus fortes, les plus radicales, les plus porteuses d’avenir.
Insistons sur ce point : le Christ était revenu du monde des morts et avait regagné — c’est l’Ascension — les cieux de son Père. C’est à ce titre que la présence inéluctable de la mort se desserre et que les lois du « normal » sont suspendues. Le mépris de la mort et l’abstention sexuelle dont parlait Galien ne sont pas séparables : ce sont les deux faces d’une seule et même pièce. Ce nouage se trouve bien entendu chez Paul qui, dans son Épître aux Romains, insistait, non sans angoisse, sur cette présence de Dieu dans son corps — présence à laquelle le corps, lui-même, pouvait s’opposer. Le corps mortel peut écraser l’âme : « Nous savons certes, que la loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché. Effectivement, je ne comprends rien à ce que je fais ; ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais […] » Les tentations du corps, sexuelles en premier lieu, sont autant de modalités d’impuissance voire même de rébellion contre Dieu. « Car je sais qu’en moi — je veux dire dans ma chair — le bien n’habite pas : vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir, puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais […] je perçois dans mes membres une autre loi qui combat contre la loi de mon intelligence ; elle fait de moi le prisonnier de la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ? »
Écoutons la voix de Paul toujours dans son Épître aux Romains : « Vous de même, mes frères, vous avez été mis à mort à l’égard de la loi, par le corps du Christ, pour appartenir à un autre, le Ressuscité d’entre les morts afin que nous portions des fruits pour Dieu. En effet, quand nous étions dans la chair, les passions pécheresses se servant de la loi, agissaient en nos membres, afin que nous portions des fruits pour la mort. Mais maintenant, morts à ce qui nous tenait captifs, nous avons été affranchis de la loi, de sorte que nous servons sous le régime nouveau de l’Esprit et non plus sous le régime périmé de la lettre. » Comme l’écrit l’historien anglais Peter Brown : « Les morts s’arracheraient à la torpeur de la tombe et les vivants seraient eux aussi revêtus de la puissance de Dieu. Alors capituleraient les immenses forces d’opposition à la volonté de Dieu qui rôdaient à travers l’univers entier. » (1)
Du reste Paul, dans son Épître aux Philippiens, le dit explicitement : « [Jésus] transfigurera notre corps de misère en le conformant à son corps de gloire, selon la puissance active qui le rend capable même de s’assujettir toutes choses. » Là réside une nouvelle cité : « Car notre cité, à nous, est dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ […] » La mort de Jésus n’est pas au-dehors, elle n’est pas une contingence. Déjà ce corps de misère porte en lui cette parcelle de l’esprit qui avait arraché le corps mort de Jésus à la tombe « pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre chair mortelle ». Le corps porte « partout et toujours […] la mort de Jésus ».
La résurrection signe, en acte, cette victoire de l’esprit sur la présence active du « péché qui est dans mes membres ».
1. A lire de Peter Brown " The Rise and Function of the Holy Man in Late Antiquity " Journal of Roman Studies 61 (1971) 82-101. Et surtout son étude plus récente "The Body and Society. Men, Women, and Sexual Renunciation in Early Christianity”, Columbia University Press, New York 1988.
20:08 Publié dans Religion | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, religion, spiritualité, philosophie, mystique, réflexion
06.04.2008
ZACHARIAS : OU L'ON EXPLIQUE CE QU'IL FAUT ENTENDRE PAR NUIT OBSCURE ET COMBIEN IL EST NÉCESSAIRE DE LA TRAVERSER POUR PARVENIR À L'UNION DIVINE.
DE ST JEAN DE LA CROIX
LIVRE PREMIER
ET COMBIEN IL EST NÉCESSAIRE DE LA TRAVERSER POUR PARVENIR À L'UNION DIVINE;
ON PARLE EN PARTICULIER DE LA NUIT DES SENS ET DES PASSIONS,
AINSI QUE DES DOMMAGES QU'ILS CAUSENT À L'ÂME.
Étant pleine d'angoisse et enflammée d'amour,
Oh! l'heureux sort!
Je sortis sans être vue,
Tandis que ma demeure était déjà en paix. »
OÙ L'ON MONTRE
COMBIEN IL EST NÉCESSAIRE
QUE L'ÂME PASSE VRAIMENT PAR CETTE
NUIT OBSCURE, C'EST-À-DIRE PAR LA
MORTIFICATION DES SENS, POUR
MARCHER VERS L'UNION DIVINE. ON LE
PROUVE PAR DES COMPARAISONS, DES
IMAGES, ET L'AUTORITÉ DE
LA SAINTE ÉCRITURE.
Il est nécessaire que l'âme qui veut arriver à l'union divine passe par cette nuit obscure de la mortification de ses tendances et du renoncement à tous les plaisirs des biens sensibles. En voici la cause. Toutes les affections qu'elle porte aux créatures sont devant Dieu comme de pures ténèbres; tant qu'elle y est plongée, elle est incapable d'être pénétrée de la pure et simple lumière de Dieu. Elle doit donc tout d'abord les rejeter; car la lumière est incompatible avec les ténèbres. Saint Jean dit, en effet, que les ténèbres ne l'ont point reçue: Tenebrae eam non comprehenderunt (Jean, I, 5). La raison, c'est que, d'après l'enseignement de la philosophie, deux contraires ne peuvent être contenus dans un même sujet. Or, les ténèbres, c'est-à-dire l'affection que l'on porte aux créatures, et la lumière qui est Dieu, sont contraires et il n'y a entre elles ni ressemblance ni rapport, ainsi que l'enseigne saint Paul en s'adressant aux Corinthiens: Quae societas luci ad tenebras? « Quel rapport y a-t-il entre la lumière et les ténèbres? (II Cor., VI, 14) ». Il suit de là que la lumière de l'union divine ne peut pas s'établir dans une âme, si tout d'abord ses affections aux créatures n'en ont pas été chassées.
Pour donner plus de clarté à cette doctrine, nous devons savoir que l'affection et l'attachement que l'âme porte à la créature la rend semblable à cette créature, et plus est grande l'affection qu'elle lui porte, plus aussi elle lui est égale et semblable, car l'amour établit la ressemblance entre celui qui aime et l'objet aimé. Voilà pourquoi le psalmiste, parlant de ceux qui placent leurs affections dans les idoles, dit: Similes illis fiant qui faciunt ea, et omnes qui confidunt in eis: « Qu'ils leur deviennent semblables ceux qui les font, et tous ceux qui mettent en elles leur confiance (Ps. CXIII, 8) ». Donc, celui qui aime la créature se place au niveau de cette créature, et même plus bas en quelque sorte, car l'amour non seulement rend semblables mais encore assujettit celui qui aime à l'objet aimé. Aussi, quand l'âme aime quelque chose en dehors de Dieu, elle est incapable de la pure union avec Dieu et de sa transformation en lui. La bassesse de la créature est, en effet plus éloignée de la grandeur du Créateur que les ténèbres ne le sont de la lumière. Toutes les créatures du ciel et de la terre comparées à Dieu ne sont rien, dit Jérémie: Aspexi terram, et ecce vacua erat, et nihil; et coelos, et non erat lux in eis: « J'ai regardé la terre, elle était vide et néant; j'ai considéré les cieux, et ils étaient sans lumière (Jer. IV, 23) ». Quand il dit qu'il a vu la terre vide, il donne à entendre que toutes les créatures de la terre n'étaient rien, et que la terre elle-même n'était rien; quand il dit qu'il a considéré les cieux et qu'il les a vus sans lumière, il veut dire que toutes les lumières du ciel, comparées à Dieu, ne sont que pures ténèbres.
Par conséquent, si toutes les créatures considérées sous ce rapport ne sont rien, et l'affection qu'on leur porte moins que rien, nous pouvons dire qu'elles sont un obstacle et un empêchement à notre transformation en Dieu. Car les ténèbres ne sont rien, et moins que rien puisqu'elles sont une privation de la vue. De même que celui qui est dans les ténèbres ne comprend pas la lumière, de même l'âme qui est attachée à la créature ne peut comprendre Dieu; et tant qu'elle n'en sera pas détachée, elle ne pourra pas posséder Dieu ici-bas par la pure transformation de l'amour, ni là-haut dans la claire vision du ciel.
Il faut expliquer davantage cette doctrine. Tout l'être des créatures comparé à l'être infini de Dieu n'est que néant. Dès lors, l'âme qui met son affection dans l'être des créatures est néant, elle aussi, devant Dieu, et même moins que néant; car, ainsi que nous l'avons dit, l'amour rend celui qui aime égal et ressemblant à l'objet aimé; il le met même au-dessous. Aussi cette âme ne pourra nullement s'unir à l'être infini de Dieu, car ce qui n'est pas n'a pas de rapport avec ce qui est.
De même, toute la beauté des créatures comparée à la beauté infinie de Dieu n'est que souveraine laideur, comme le dit Salomon au livre des Proverbes: Fallax gratia et vana est pulchritudo: « Trompeurs sont les charmes et vaine est la beauté (Prov. XXXI, 30) ». Ainsi l'âme qui est attachée à la beauté d'une créature quelconque participe devant Dieu à sa laideur. Voilà pourquoi cette âme qui est laide ne pourra se transformer dans la beauté divine, car la laideur est incompatible avec la beauté.
De même encore, toutes les grâces et les attraits des créatures comparés avec la grâce de Dieu ne sont que disgrâce souveraine et souverain déplaisir. Aussi l'âme qui se laisse prendre aux bonnes grâces et aux attraits des créatures est souverainement disgracieuse et désagréable aux yeux de Dieu; elle n'est pas capable de la grâce infinie de Dieu et de ses attraits, car ce qui est souverainement disgracieux est infiniment distant de Celui qui est la grâce même.
Toute la bonté des créatures du monde comparée à la bonté infinie de Dieu n'est que souveraine malice. Il n'y a de bon que Dieu seul (Luc, XVIII, 19). Aussi l'âme qui s'attache aux biens de ce monde est souverainement mauvaise devant Dieu. De même que la malice n'est pas capable de comprendre la bonté, de même l'âme dont nous parlons ne pourra s'unir parfaitement à Dieu, qui est souveraine bonté.
Toute la sagesse du monde et l'habileté des hommes comparée à la sagesse infinie de Dieu n'est qu'une pure et souveraine ignorance, comme le dit saint Paul en s'adressant aux Corinthiens: Sapientia enim hujus mundi stultitia est apud Deum: « La sagesse de ce monde est folie devant Dieu (I Cor. III, 18) ». Aussi toute âme qui s'appuie sur sa science et son habileté pour arriver à s'unir à la sagesse de Dieu est souverainement ignorante devant Dieu et en restera bien loin, car l'ignorance ne connaît pas ce qu'est la sagesse. Saint Paul dit que cette sagesse du monde est une folie devant Dieu. Ceux qui s'imaginent posséder quelque connaissance sont très ignorants, comme le dit le même apôtre: Dicentes enim se esse sapientes, stulti facti sunt: « Ils ont dit qu'ils étaient des sages, et ils sont devenus des insensés (Rom. I, 22) ». Ceux-là possèdent la sagesse de Dieu qui se font petits et ignorants, renoncent à leur science et marchent avec amour dans la voie du service de Dieu. Saint Paul enseigne encore cette sorte de sagesse quand il dit: « Si quelqu'un croit être sage parmi vous, qu'il se fasse ignorant pour être sage, car la sagesse du monde est folie devant Dieu (I Cor. III 18-19) ». Aussi l'âme qui veut s'unir à la sagesse de Dieu doit passer par le non-savoir, et non par le savoir.
Toute la souveraineté et la liberté du monde, comparées à la liberté et à la souveraineté de l'esprit de Dieu, ne sont que servitude profonde, angoisse et esclavage. Aussi l'âme qui est éprise des grandeurs et des dignités ou qui recherche la liberté de ses tendances est regardée et traitée devant Dieu non comme l'enfant libre, mais comme une personne basse, captive de ses passions; elle n'a pas voulu suivre la sainte doctrine du Sauveur, qui nous dit: Celui qui veut être le plus grand sera le plus petit; et celui qui veut être le plus petit sera le plus grand (Luc, XXII, 26). Voilà pourquoi elle ne pourra pas arriver à la liberté royale de l'esprit, qui s'acquiert dans la divine union, car l'esclavage est absolument incompatible avec la liberté; et celle-ci ne peut habiter un coeur assujetti aux caprices dont il est l'esclave: elle habite le coeur libre, le coeur du fils. Tel est le motif pour lequel Sara dit à son mari Abraham de chasser de la maison l'esclave et son fils, parce que le fils de l'esclave ne devait pas partager l'héritage du fils de la femme libre (Gen., XXI, 10).
Toutes les délices et douceurs que la volonté trouve dans les choses du monde ne sont que peines, tourments et amertumes si on les compare aux délices et aux douceurs de Dieu. Celui qui s'y attache ne mérite devant Dieu que peine extrême, tourment et amertume; aussi ne pourra-t-il pas parvenir aux suavités de l'union avec Dieu.
Toutes les richesses et la gloire des créatures, comparées à la richesse souveraine qui est Dieu, ne sont que pauvreté absolue et misère profonde. L'âme qui s'attache à leur possession est souverainement pauvre et misérable devant Dieu. Aussi n'arrivera-t-elle pas au bienheureux état de la richesse et de la gloire qui est celui de la transformation en Dieu, car par sa pauvreté et sa misère elle est à une distance infinie de Celui qui est souverainement riche et glorieux. Aussi la divine Sagesse se plaint de ces mortels qui se dégradent, s'avilissent, se rendent misérables et pauvres parce qu'ils recherchent ce qui est beau, grand et riche aux regards du monde, et Elle leur adresse cette apostrophe dans les Proverbes: « O hommes, je crie vers vous; ma voix s'adresse aux enfants des hommes. Comprenez, petits enfants, ce qu'est la sagesse; et vous, insensés, soyez attentifs. Écoutez, car j'ai à vous parler de grandes choses... Avec moi sont les richesses et la gloire, la magnificence et la justice. Les fruits que vous acquérez en me possédant valent plus que l'or et les pierres précieuses, et mes productions plus que l'argent le plus pur. Je marche dans les voies de la justice, dans les sentiers de la prudence, pour enrichir ceux qui m'aiment et remplir leurs trésors (Pro. VII, 4-6, 18-21). »
Par ces paroles, la Sagesse divine s'adresse à tous ceux qui mettent leur coeur et leurs affections dans une créature quelconque d'ici-bas, selon que nous l'avons expliqué. Elle les appelle petits, parce qu'ils se rendent semblables à ce qu'ils aiment et qui est tout petit. C'est pour ce motif qu'elle leur dit d'être prudents et de considérer les grandes choses dont elle traite, et non ce qui est petit comme eux. Elle leur représente que les grandes richesses et la gloire qu'ils aiment sont avec elle et en elle, et non là où ils s'imaginent. Elle ajoute que l'opulence et la justice sont en elle. Et si les trésors de ce monde leur paraissent précieux, elle les engage à bien considérer que ses trésors sont au-dessus de tout. Car le fruit qu'on en tire vaut plus que l'or et les pierres précieuses; de même, les effets qui en découlent sont plus estimables que l'argent pur qu'ils ambitionnent et qui est l'image de tous les genres d'affections que l'on peut avoir en cette vie.
13:30 Publié dans Religion | Lien permanent | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, religion, culture, livre, écriture, poésie, mystique
04.04.2008
ZACHARIAS : la Résurrection des morts est réservée aux justes seulement
Bienheureux et saint celui qui a part à la première résurrection :
sur eux la seconde mort n’a point de pouvoir ;
mais ils seront sacrificateurs de Dieu et du Christ,
et ils régneront avec lui mille ans»
(Apocalypse 20, 5, 6).











